Journal d’un lundi noir …

Je me suis promise de ne pas publier de billet politique sur ce blog, mais j’ai retrouvé cet article dans mes archives et j’ai décidé de le publier. Je l’ai écrit le 26 janvier 2011.

« Il m’arrivait de confondre le lundi 26 janvier 2009 avec le samedi 9 février de la même année parce que ces deux jours ont marqué à jamais mon esprit.

26 janvier, je me rends au travail comme d’habitude. Depuis quelques semaines, tout le monde au bureau était connecté sur le Fil infos d’un site malgache pour savoir « à peu près » ce qui se passe en ville. Je ne sais plus vers quelle heure, on lisait que la MBS (station de radio de Marc Ravalomanana) était en feu. Je n’en suis pas certaine, mais je crois bien que la MBS a brûlé avant la RNM. Quelques temps après de toute façon, la RNM brûlait aussi. Puis les informations se succédaient : décès d’un jeune homme près de la MBS, les gens se rendaient au Magro Tanjombato…

J’étais en même temps connectée sur Tsenagasy (Oui, le site est fermé depuis 😦 ) Les membres « apparemment » partisans de Ravalomanana (ou du moins contre Rajoelina c’était à ne plus rien y comprendre) ironisaient en disant « prenez un peu de yaourt une fois au Magro parce que ça doit être fatiguant de marcher à pied jusque là-bas »…
Et la journée s’est passée dans une ambiance tendue. Je n’avais pas spécialement peur.
En rentrant, je voyais des gens porter des sacs de farine, des packs de yaourts. Un monsieur avait un Biba entier sur la tête. La taille de ce fromage m’a bien impressionnée. Je me souviens avoir fait la remarque que je ne savais même pas qu’il y avait de si gros fromages produits et vendus à Madagascar.
Les rues étaient en fait plus réalistes que le fil infos du site.
On voyait les gens transporter des choses volées. Certains avaient le regard fuyant. Mais je pense que personne ne les jugeait. Personnellement, j’étais plus étonnée et apeurée qu’autre chose.
Je ne jugeais pas du tout les pilleurs. J’avais juste hâte de rentrer à la maison.

Les choses se sont compliquées à la tombée de la nuit parce que plusieurs endroits étaient en feu. On n’avait pas de poste radio à cette époque. On a juste écouté les infos sur une espèce de lecteur Mp3. On était à l’affût de toute information. Les rumeurs pleuvaient sur la seule radio qui émettait (enfin je crois qu’elle était la seule à émettre) Il régnait un sentiment de fin du monde. On disait qu’on n’allait plus avoir d’eau et d’électricité. On a alors fait une réserve d’eau et on s’assurait qu’on avait des bougies à portée de main. La voisine du haut a dit qu’elle a entendu de je ne sais pas qui que l’eau est empoisonnée parce que des gens ont mis du poison à Mandroseza.

Bref, on ne pouvait plus boire, on devait rester coller aux informations qui n’étaient plus du tout vraies.
La nuit avançait, il était question d’attaques, de pillages, d’incendie venant de partout. On a même entendu que tous les détenus d’Antanimora étaient dehors… C’était la psychose.

Mais ma peur a été à son comble lorsqu’on a entendu à la radio que les pilleurs et les voleurs et tous les bandits de la ville étaient en route pour… là où nous habitons. La famille et les proches nous prévenaient par téléphone alors qu’on a entendu la nouvelle en direct. Et ben, chiotte !!!!

Avec les voisins du haut, nous avons discuté pour voir comment faire. On a convenu que si des choses arrivent – quelles choses on ne savait pas trop – nous (moi et mon mari du rez-de-chaussée et la famille du premier) monterions chez les proprios. Il fallait rassembler des affaires pour « partir ».

Il fallait faire une seule valise avec seulement les affaires importantes. C’était certainement l’un des moments les plus pénibles de ma vie. Comment choisir parmi toutes nos affaires? Il fallait penser aux documents importants et à quelques effets personnes auxquels on tenait. Mais, je tenais à tout moi. C’est donc en larme que j’ai rassemblé mes affaires.

Mon mari rassemblait ses affaires à lui. Il n’a rien dit, mais j’ai bien vu qu’il tenait à tout aussi. On a rassemblé ce qu’on pouvait dans un gros sac et on s’est habillé (oui parce qu’il fallait être prêt à partir). Les autres hommes de la maison sont partis veiller dehors avec des gens du quartier, mais mon mari est resté avec moi. On a prié je crois et il m’a dis de dormir. Lui restait à écouter les infos et les gens qui appelaient en direct pour narrer ce qui se passait dans leur quartier. Une femme appelait à l’aide parce que des gens forçaient sa porte. Une nuit d’angoisse, je vous dis!

2h du matin, les hommes partis veiller sont revenus.
C’était le matin.
Mon mari s’est enfin endormi. Moi aussi avec mon jean, mes chaussettes et mes baskets prêtes à être enfilées en cas d’alerte.

Deux ans sont passé.
Les nuits sont plus tranquilles, mais les choses n’ont pas réellement changé.
Le pays est toujours en crise.
Les gens s’appauvrissent.
Voilà !
Ce n’est qu’un constat.
À qui la faute ?
Aux politiciens !
À tous sans exception !!!
Ils sont tous responsables de l’insécurité qui prend de l’ampleur, des marmites toujours de moins en moins remplies, du prix du riz qui ne cesse d’augmenter…
Menteurs !
Assassins ! »

Publicités

4 réflexions sur “Journal d’un lundi noir …

    • pourtant je réalise en relisant cet article que j’ai omis plein de choses, mais alors des tonnes de choses. mais bon, « aoka ny lasa homban’ny lasa »

      J'aime

  1. Quelle angoisse quand on lit ton article. C’est une bonne chose de le publier car ceux qui sont loin et ne reçoivent l’info que par le filtre des médias n’imaginent pas comment une telle crise peut se vivre de l’intérieur sans témoignages. Porte toi bien, bises!

    Aimé par 1 personne

Qu'en dites vous?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s