Les Malgaches dans la douleur

Samedi très tôt, je reçois un sms me prévenant du décès du père du mari de ma petite sœur. nous n’avons pas de liens de sang, mais avons des liens sociaux. Je me rends donc (avec ma famille) à leur domicile pour présenter mes condoléances.

Mitsapa alahelo :

La première étape est de venir sur les lieux de la veillée du corps non pas pour présenter les condoléances proprement dites, mais pour rappeler à la famille qu’elle n’est pas seule dans cette épreuve. Toutefois, cette étape concerne surtout les « proches ». Nous entrons en silence dans la pièce, nous nous recueillons quelques secondes devant le corps sans vie et élégamment vêtu du défunt, serrons les mains des personnes présentes et prenons place.

Et puis, nous restons là, silencieux par moment, chuchotant parfois. Une douce musique remplit la pièce. Les membres de la famille vont et viennent. Des regards se perdent dans la direction du défunt. L’ambiance est…triste!

Vary amin’anana sy kitoza (riz aux brèdes et « kitoza ») :

En ces temps de deuil, la famille s’assure qu’il y a en permanence du repas à proposer aux proches venus lui tenir compagnie. Évidemment, la femme et les enfants du défunt n’ont pas à cuisiner. Il y aura toujours des tantes et des cousines pour s’occuper de cette partie là. Souvent composés de riz aux brèdes accompagnés de « kitoza » ou de boulettes de viande, les repas sont surtout destinés à ceux qui restent pour la veillée du soir. Quelques tasses de café seront également servies pour maintenir tout le monde éveillé.

Famangiana (présentation des condoléances) :

Le Famangiana est l’un des moments forts des traditions entourant le décès d’une personne. C’est le moment où familles, amis, collègues, voisins viennent présenter leurs condoléances. Et je ne parle pas seulement de la famille, des amis, des collègues du défunt seulement, mais aussi ceux de sa femme et de ses enfants. C’est d’ailleurs pour cela que moi, sœur de la femme du fils du défunt dont je parle ici, me suis retrouvée devant son corps sans vie pour soutenir sa famille. Et je ne le fais pas par devoir parce que même sans lien de sang, je suis touchée par son départ. C’est ça le Fihavanana, fort dans la joie et intense dans la douleur.

Durant le Famangiana, la famille du défunt est assise et les « visiteurs » debout devant eux. Un porte-parole est désigné des deux côtés. Et là, malgré la douleur et la tristesse, je ne peux m’empêcher à ces moments là d’apprécier la beauté de ce lien entre les uns et les autres, scellé par des formules typiquement malgaches et un discours bien spécifique. Je ne vais pas m’aventurer à faire des traductions mais en gros, c’est un échange durant lequel les « visiteurs » se présentent (oui parce qu’avec des cousins de la femme du frère du grand-père qui pourraient venir, la famille endeuillée pourrait s’y perdre) Le discours souligne ensuite la douleur de tels moments, ce qui explique leur venu, non pas pour remuer le couteau dans la plaie, mais pour témoigner leur amitié aux proches du défunt. Les « visiteurs » préparent aussi un enveloppe pour participer aux frais liés à ce décès.

Le Fihavanana, une sorte d’accord social tacite selon lequel les uns peuvent compter sur les autres en toutes circonstances, est de rigueur à Madagascar dans la joie et dans la douleur. Certes, tous les Malgaches ne s’entraident pas et par les temps qui courent, la pauvreté est devenue l’excuse de beaucoup de gens pour voler, cambrioler, tuer, corrompre… Mais pour ceux qui respectent cette notion de Fihavanana (qui va loin au-delà du cercle familial), la vie est plus douce.

Une pensée à ces gens qui nous ont marqué de par leur présence et qui nous marquent aujourd’hui de par leur absence.

RIP Mr Ranaivo Roger.

Publicités

6 réflexions sur “Les Malgaches dans la douleur

  1. Merci de partager cette tradition avec nous, c’est intéressant de voir comment cette étape… de la vie… est vécue ailleurs. J’aime ta façon de voir les choses et de les raconter, c’est agréable à lire.
    Je me souviens de grandes célébrations dans les campagnes Malgaches, où plein de gens étaient réuni à – faire la fête semble-t-il – pour honorer la disparition de la personne. Peut-être que je me trompe mais il me semble avoir compris que le passage vers un autre monde est considéré comme quelque chose de bien.
    Ton récit raconte autre chose alors soit je me trompe, soit c’est la différence entre la ville et la campagne.

    J'aime

  2. rehefa re fa nisy fahoriana indro tonga mitsapa alahelo, tonga mangingina hiara-izaka vetivety fa mangidy ; t@NAREO,Ka ny aminay toy ny ranombary tondra_dronono dia tsy afa_misaraka! ka mahereza indrindra ry Ray@DRENY;;;;;;

    J'aime

Qu'en dites vous?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s