L’adultère en chanson…

Aujourd’hui, je suis tombée sur le clip d’une assez vieille chanson de Voahangy, une chanteuse Malgache. Le morceau s’appelle « Ny vadiko » qui veut dire « Mon mari » Je vous mets les paroles en malgache et la traduction (je veux dire MA traduction non officielle) après.

Les paroles en Malgache:

Tonga indray ianao rehefa avy vizana nandeha
Nivenjivenjy tany ambadika any
Tsy niarahaba ianao, toa tsy nanoroka ahy fa hoe
Handalo hisolo akanjo fotsiny ihany
Toy ny fanaonao rehefa miserana ohatr’izao
Manopy maso kely an’ireo ankizy
Hendry ve i Bodo? Mianara tsara ianao, ry Jao
Tafandria mandry izato izy.

Mipitrapitra fotsiny no hany vitan’izy ireo
Nozarinao nilaozana eto foana
Tsy hainy ny nanda, tsy hainy koa ny mitoreo
Satria ianao tsy eo mandavan-taona
Na izany aza anefa ny sakafonao
D’hofonosinay hafana tsara
Isan’andro izany, na ho avy na tsy ho avy ianao
Ianao mantsy aminay tsy diso anjara

Fiv.: Fa mbola tiako ianao
       Mbola tiako sady mamiko
       Mbola tiako ianao
       Tiako mandram-pahafatiko

Ny havako, ny namako, ny rehetra ao an-tanana
Manebaka ahy ho adala avokoa
Ny tondro-molotra, ny fosafosa ao am-piasana
Dia hazofijaliana ho ahy tokoa
Nekeko anefa ianao teo amin’ny lanitra sy tany
Nekeko f’ilay vady izay finidy
Koa asakasantsika izay mivadika amin’izany
Ny zaza koa iretsy mbola adidy

Any andro izay tsy hiantsoako anao hipody
Hiverenanao eto aminay
Ho ranomaso angamba no hitsenana anao mody
Dia ranomasom-pifaliana izany
Eny na dia aza eo am-pialana aina
Fotoana fohy mba hiarahantsika
Hifamela isika, hamela anao aho sombinaina 
Raha izay no fiainana mba vita.

Ma traduction en français:

Te revoilà à la maison après avoir passé du bon temps dehors
Tu ne m’as pas dis « Bonjour » et tu ne m’as pas embrassée
Tu passes juste te changer
Comme à ton habitude, tu demandes des nouvelles des enfants
« Est-ce que Bodo (prénom féminin) est sage ? »
« Travaille bien à l’école, Jao (prénom masculin) »
« Bonne nuit les enfants »

Ils te regardent avec de grands yeux ronds
Puisque ils sont si habitués à ton absence
Ils ne savent pas dire non, ils ne savent pas pleurnicher
Puisque tu n’es jamais là, pratiquement toute l’année
Malgré tout, nous gardons tes parts bien au chaud
Tous les jours et à chaque repas, que tu rentres ou non
Parce que tu as toujours ta place à la maison

Ref:
Je t’aime encore
Je t’aime et je te chéris
Je t’aime encore
Je t’aimerais jusqu’à ma mort

Ma famille, mes amis,
tout le monde dans le quartier estime que je suis folle
Et les commérages au boulot me sont très pénibles 
Mais je t’ai accepté devant Dieu et devant les hommes
Je t’ai choisi! 
Libre à toi de rompre un tel engagement
Et puis, qu’adviendrait-il des enfants ?

Un jour, je ne te supplierai plus de rentrer à la maison
Mais tu reviendras et je t’accueillerais avec des larmes de joie.
Et on se pardonnera…je te pardonnerai
Même si nous nous reverrons très brièvement avant de mourir
On se pardonnera si c’est la seule vie de couple qu’on aura réussi à bâtir !

Photo empruntée ICI

Cette chanson m’émeut aux larmes parce qu’elle relate le quotidien de beaucoup de femmes Malgaches. Les paroles sont touchantes et sentent fort le vécu. Ce qui me révolte, c’est que la société toute entière soutient l’adultère des hommes sous prétexte que c’est dans leur nature. Mais le plus dégueulasse dans l’histoire, c’est que la femme se sente coupable (lorsqu’elle dit à la fin « on se pardonnera »)

Cette chanson démontre à quel point la culture malgache peut différer des autres. Alors que le nombre de divorces explose ailleurs, ici ça reste rare. Respecter un engagement fait devant Dieu et devant les hommes est si sacré que les femmes supportent en silence. Elles espèrent ce jour où ils se retrouvent une toute dernière fois, juste quelques secondes pour l’ultime pardon…Et c’est cet espoir qui les aide à tenir je crois.

Je ne sais pas si je dois leur dire « Réveillez-vous bordel de m**** » ou m’incliner devant elles et leur dire toute mon admiration. Il en faut dans les tripes pour faire à manger tous les jours à un homme qui ne rentre que quelques jours par an. J’ai longtemps tenu ce discours, mais on ne peut pas juste dire « Casse-toi! les enfants seront plus épanouis avec une maman divorcée mais heureuse » Elles ont dû se dire ça aussi quand elles n’ont pas encore été des épouses bafouées.

L’adultère à Madagascar serait un débat sans fin si on en parlait. C’est sûrement pour ça qu’on ne parle si peu. C’est sûrement pour ça qu’on dit par chez moi: « à la maison il est à toi, dehors il est aux autres »

Pour ceux qui se demandent, rassurez-vous, je ne suis pas concernée par la chanson, mais je voulais juste partager ce sentiment de révolte et de colère qui m’anime lorsque je l’écoute.

PS totalement hors sujet: Les votes pour le Golden Blog Awards ont été officiellement clôtures ce jour. Je remercie tous ceux qui ont voté, tous ceux qui ont partagé le blog sur les réseaux sociaux, ceux qui  ont découvert le blog grâce à ce concours, ceux qui viennent ici régulièrement, les lecteurs occasionnels (y compris ceux qui tombent ici en voulant traduire des phrases cochonnes en malgache mdr), tout le monde quoi… Bon, je n’ai pas le trophée dans les mains, mais j’ai déjà le discours c’est toujours ça 😛

Edit 25 oct: J’ai décidé d’insérer le clip même si le son et l’image sont mauvais. Vous aurez ainsi une idée de la mélodie 🙂 N’essayez pas de suivre avec les paroles en malgache parce que la prononciation est parfois très loin de l’écriture.

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14 réflexions sur “L’adultère en chanson…

  1. Si seulement l’adultère était un problème local! J’ai appris qu’en Haïti les femmes considéraient comme pratiquement normal d’être trompées par leur mari. Dans un certain pays d’Afrique elles acceptent que leur mari aient une maîtresse et se montrent d’autant plus gentilles et attentionnées qu’elles ont peur qu’il les quittent.
    Je pense sincèrement que c’est à nous les hommes de prendre nos responsabilités et de nous montrer des monogames convaincus et pratiquants. Quitte à refuser de prêter attention à des tentatives de séduction qui existent fort malheureusement de la part parfois de femmes mariées…

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    • Je trouve aussi que le système monogame est hypocrite. Pourquoi ne pas laisser les couples décider clairement de leur situation avant le mariage (au lieu d’imposer que la polygamie est un délit) Comme ça, on sait à quoi s’attendre dès le départ. Dans les sociétés où la polygamie est reconnue et acceptée par tous (par toutes surtout) tout se passe bien et il y n’y a pas de sournoiserie.

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  2. Mince! j’aimais bien cette chanson…même si je ne comprenais pas vraiment de quoi cela parlait, maintenant que tu me fais découvrir la vérité :pendu:
    Sinon, oui…c’est assez compliqué ces histoires de couple et ce qui m’étonne c’est que la femme malgache est suffisamment forte pour affronter beaucoup de choses, mais quand il s’agit d’adultère…c’est comme si toute cette force se trouve paralysée par je ne sais quoi…et des fois aussi je trouve que la société malgache est assez injuste: on pardonne assez facilement aux hommes leurs incartades et infidélités en disant qu’après tout ils ne sont que des hommes et on impute la responsabilité à la femme: bah oui hein, tu n’as pas su le garder…il fallait faire mieux…etc…s’il est parti, la responsabilité ne peut venir que de la femme…

    bref …

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    • En fait, être célibataire est honteux dans notre chère société. Enfin, c’est ce qu’on fait bien comprendre aux jeunes filles quoi. Du coup, ça serait vraiment la honte du siècle de ne pas savoir garder un mari. Puis, il parait qu’il y a 6 fois plus de femmes que d’hommes à Madagascar. Ces messieurs se prennent un peu pour des perles rares du coup 🙂 Et dans toutes les données, les statistiques et tout ça, on omet de parler de l’essentiel: l’amour! Mais là encore, il y a un discours honteux: « s’il rentre encore à la maison, c’est qu’il t’aime encore » bordel… maha-tezitra!!!

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  3. Maha-tezitra! Tu m’étonnes! En fait Soahary, le mot est faible! Mais alors, comme je suis d’accord avec Bonbon anglais et toi!! Ce sujet me révolte au plus haut point, à un point que parfois, rien que d’y penser, je sens comme une bombe qui est prête à exploser dans ma poitrine :). D’ailleurs, très souvent, dans mon entourage, on me prend pour une féministe-folle-furieuse avec certains de mes discours. J’ai appris à me taire (à contre-gré)…
    Le problème c’est que, tant que la majorité des femmes malgaches « acceptent » cette situation, rien ne va changer dans les « moeurs ». On le sait toutes je pense, ce n’est plus un scoop mais bon…
    Bref, moi aussi j’aimais bien cette chanson, mais bizaremment, je n’ai jamais vraiment fait attention aux paroles. Merci de nous l’avoir partagé, même si tu m’as arraché une petite larme du coup 🙂

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    • Cette chanson me fait pleurer à moi aussi, c’est dingue. Petite, je l’écoutais comme ça, fière de connaître les paroles. Mais ces derniers temps, impossible de ne pas avoir une grosse boule dans la gorge à « hifamela isika, hamela anao aho sombinaina » Elle l’aime ce connard et trop de connards sont aimés d’un amour aveugle, presque bête à Madagascar. Bon, j’arrête parce que là… Et pour « féministe-folle-furieuse », Madagascar en a besoin parce que les femmes sont trop souvent maltraitées physiquement et surtout psychologiquement

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  4. Une belle chanson qui soulève un gros problème sociétal… De toutes façons aujourd’hui, parmi les garçons de ma génération, avec mes copines on s’est mises d’accord qu’il n’y en avait qu’1 seul sur 10 qui était correct et fidèle 😦 va le trouver… ! Bisous Soahary

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  5. merci pour cette chanson, belle decouverte, je ne l’aurai pas ecoute si tu n’avais pas fait la traduction, hé oui le 2eme bureau ets une institution à Mada…. j’ai tjs cru qu’il y avait moins de divorce qu’en occident parce que les malgaches avaient moins de problemes de couples (j’ai toujours tendance à idealiser les malgaches en fait) , mais au final, il y a surtout beaucoup de souffrance et d’hypocrisie…comme tu dis, je ne sais pas ce qui est mieux divorcer ou rester…

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    • Je t’en prie 🙂 beaucoup de souffrance, d’hypocrisie et de lâcheté. Ah, ça j’aime beaucoup notre pays et notre culture, mais il faut dire les choses comme elles sont: beaucoup d’hommes volages sont lâches. Ils disent à leur femme : »je t’aime, c’est pour ça que je rentre encore à la maison » 😦 Hallucinant

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  6. Bonjour,
    Si vous lisez bien le texte , rien n’indique que c’est la femme qui parle ici. Effectivement connaissant le contexte culturel on le pense. Dans l’absolu non.Ce texte s’applique aussi bien à l’homme que la femme.

    Aimé par 1 personne

    • c’est vrai! mais avec la voix de la femme qui chante, il y a peu de place pour le doute. Sur le clip aussi, c’est une femme qui reste avec les enfants. Mais effectivement, le texte peut très bien s’appliquer à l’homme qu’à la femme

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