Souvenirs #002 Les « vary be menaka »

J’ai vécu quelques années de mon enfance au village de mon grand-père et chaque hiver, mon grand-père était invité un peu partout dans les villages environnants pour assister à des exhumations rituelles. Mais ces invitations s’adressaient en fait à mes grands-parents, à leurs enfants et à nous, les petits-enfants. Chaque hiver donc, nous sillonnions des sentiers battus à travers monts et vallées pour nous rendre dans les villages où se déroulaient le vary be menaka. Il nous arrivait de marcher sur des kilomètres, mais on adorait ça!

Vary be menaka veut tout simplement dire « du riz avec beaucoup de gras » et c’était vraiment de ça dont il s’agissait. L’exhumation rituelle consiste à exhumer le corps des ancêtres du tombeau familiale pour les recouvrir de nouveaux linceuls et en marge de la rituelle proprement dite, les villageois voisins sont invités à partager le bonheur de la famille à travers un immense repas. Qui dit repas à Madagascar dit évidemment plat de riz et pour accompagnement, il y a de la viande de bœuf et de porc, cuisinées  au feu de bois dans d’immenses marmites ou carrément des fûts métalliques. Et quand la viande est tendre, croyez-moi elle baigne dans du gras, dans beaucoup de gras, mais c’est tellement bon avec un bon plat de riz rouge.

Le plus dur pour les petits gourmands que nous étions, c’était d’attendre le tour de notre village pour manger. On attendait avec un fond musical strident, venant de la fanfare qui vient spécialement pour animer tout ça. On attendait avec une ambiance qui est restée gravée dans ma tête. L’hiver à la campagne est froid évidemment, mais en plus c’est sec et venteux surtout si le village se trouve en hauteur. Je ne sais pas comment le décrire, mais le vent balaye tellement le sol qu’il n’y a pas de poussière, mais juste un sol dur et sec. Les herbes sont jaunes et toutes inclinées bien bas au gré du vent. C’est une saison assez rude, mais c’est la période de la moisson, donc les gens sont (riches) heureux. Mais pour en revenir au vary be menaka, les hôtes mettent en place un lieu où les invités mangent. C’est un espace clos et à ciel ouvert. Des bancs et des tables rudimentaires y sont aménagés et des branches sont assemblées pour servir de murs. Et quand le monsieur qui fait l’appel hurle le nom de ton village, tu te précipites pour y trouver rapidement une place 😀 et après parfois des heures d’attente, le vary be menaka n’est que plus apprécié.

Avant de partir vers le village qui nous invite à un vary be menaka, ma grand-mère nous donnait à chaque fois un breuvage noirâtre pour nous protéger d’éventuels empoisonnements alimentaires (volontaires ou non) On n’avait pas le droit de se plaindre même si ce truc avait le goût et l’odeur de la mort mdr Autre anecdote : il nous arrivait de repartir sans manger quand l’appel de notre village tardait trop. Parfois, mon grand-père faisait un petit tour en cuisine et quand la viande vient d’être mise sur le feu, il nous ramène au village aussi. Un truc insolite: il arrivait à mes petits cousins de ramener de la viande dans leurs poches (n’imaginez surtout pas l’huile qui dégoulinait de leur pantalon mdr) Parfois, il nous arrivait également (nous les enfants) de décliner des invitations parce que c’était trop loin. Les gamins que nous étions ne pouvaient pas marcher autant à pied.

J’ai lu quelque part que l’enfance est la période qu’on cherche le plus à retrouver toute la vie. C’est bien vrai, mais bon, c’est hors-sujet!

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5 réflexions sur “Souvenirs #002 Les « vary be menaka »

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  2. Ouah ces souvenirs !!!
    Les famadihana où je me suis rendue étaient plus petits, je pense, que ceux que tu décris.
    Ce qui me marquait c’était l’ambiance qui régnait entre la surexcitation pendant les moments de fête et celle de la solennité et du recueillement quand on allait au caveau. Je me souviens très bien de la musique tonitruante des fanfares aussi. Quant au vary be menaka, j’étais pas fan de la viande grasse quand j’étais enfant (quelle gamine ignorante!) mais j’aimais beaucoup le riz imprégné de la sauce. Il était servi par bassines entières, ce qui me laissait admirative, mais par contre il contenait plein de cailloux.
    La chose la plus indissociable pour moi des souvenirs de famadihana est l’odeur du toaka gasy (alcool fort) que les gens buvaient. Quand on se rendait au caveau, on en versait et cette odeur qui émane du caveau mélangée à celle de l’alcool est restée gravée dans ma mémoire. C’était d’autant plus marquant parce qu’il y avait l’exhumation à ce moment-là.

    Anecdote familiale : mon père a demandé la main de ma mère à ma grand-mère (ils s’étaient déjà mariés en France auparavant) au détour d’un famadihana, derrière un caveau. Il n’avait pas eu le temps de le faire avant et tenait quand même à le faire. Ma grand-mère était hilare et lui a dit que ce n’était plus nécessaire puisqu’ils étaient déjà mariés officiellement.

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