Un mariage à la campagne…

Deux heures de route nationale et une heure de route secondaire digne du far west m’amènent à ce certain petit village. Situé sur une vallée, entouré d’une forêt et surplombant une plaine verdoyante, le village a ce je ne sais quoi qui me fait oublier la ville et sa foule, ses bruits et ses tracas.

Tout le village s’affaire autour de la maison du futur marié. Parti chercher le gâteau à 70km de là, ce dernier manquait encore à l’appel. Les femmes balaient la cours et arrangent l’immense espace clos prévu pour accueillir les invités. Les hommes, pour une fois, s’affairent à la cuisine à ciel ouvert, aménagée spécialement pour l’occasion.

Trois cochons y passent. Ils sont préparés et découpés en plusieurs pièces. Cette étape fait déjà la joie des enfants qui s’attroupent pour assister (de pas trop près quand même) à ce « spectacle ». Les pièces de cochons ne seront découpées en morceaux qu’au moment de les faire cuire. J’ai à peine le temps de m’émerveiller de cette ambiance conviviale que le soleil descend déjà lentement pour disparaître derrière l’horizon. Quelques derniers rayons vifs et orangés nous parviennent et plus rien. Une douce nuit recouvre le village tandis que les flammes de plusieurs feux de bois lèchent déjà le fond noirci des immenses marmites dans lesquelles cuisent le riz et le laoka(accompagnement)

Comme à chaque grande fête, tout le village sera convié au repas du soir où les abats seront servis avec le traditionnel plat de riz. Nous dînons donc en faisant parfois quelques grimaces à la vue de certaines choses indescriptibles qui flottent dans le bouillon. Mais ce sont les abats qu’il ne faut pas gaspiller. Après tout, tout est bon dans le cochon 🙂 Fatigués des heures de route de la journée, nous nous couchons tôt avec des images plein la tête en vue du mariage prévu le lendemain.

Le lendemain, les coqs chantent tôt, à une heure qui n’existe sur aucune montre. Je me réveille sans difficulté à 5h du matin et quand 7h sonne, une cousine nous appelle pour le petit-déjeuner. Vary be menaka me voilà! Cette fois, nous apprécions tous la vraie viande qui, comme le veut nos traditions, baigne dans du gras (d’où l’expression vary be menaka) Signe de richesse et d’opulence, la viande de porc n’est servie avec autant de profusion qu’aux grandes occasions.

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Les invités des autres villages commencent à arriver.
Ils s’attroupent.
Ils discutent en chuchotant.
Ils se recroquevillent sous les vérandas parce que le beau soleil de septembre semble bien timide.
Des bourrasques soulèvent régulièrement la poussière … et les jupes 🙂 L’hiver n’est pas encore bien parti et l’été hésite encore à s’imposer.
Ils donnent le tso-drano (Somme d’argent offerte en cadeau aux mariés. Le tso-drano est symboliquement la bénédiction donnée aux tourtereaux pour que leur mariage soit une réussite) Un membre de la famille note dans un cahier prévu à cet effet le nom de la personne qui le donne, le nom de son village ainsi que la somme. Ce cahier est indispensable pour perpétuer le atero ka alao (donne et reprends) Dans la tradition malgache, celui qui donne le tso-drano aujourd’hui le récupèrera quand il organisera un heureux évènement à son tour. Mieux encore, il est de rigueur de donner une somme plus importante que ce qu’on a reçu (d’où l’intérêt de tenir un cahier bien détaillé) Ce sera une sorte de contribution financière qui allègera les charges, car nourrir tout un village et des dizaines d’invités des villages voisins sur plusieurs repas n’est pas une mince affaire.

9h, on nous appelle déjà pour le déjeuner. Il faut manger tôt pour partir tôt à la rencontre de la future mariée, dont le village se trouve à 12km. Nous nous attablons donc pour la seconde fois. On nous sert le vary be menaka dans toute sa splendeur. Mais ça a vraiment du mal à descendre cette fois. La place manque terriblement, deux heures seulement après le petit-déjeuner. Mais aucun bon Malgache ne recule devant un tel plat. C’est donc avec dignité que j’ai terminé ma part (enfin, une partie de ma part…une petite partie de ma part) Le ventre bien rempli, nous nous préparons et montons dans le car qui nous transportera vers le village de la future épouse. 1h pour faire un trajet de 12km…je vous laisse imaginer l’état des routes. Un autre repas, proposé cette fois par la famille de la jeune femme, nous est proposé. Mais personnellement, j’ai juré de ne pas manger avant deux mois tellement j’ai mangé ce jour là, à 7h et 9h 🙂 Deux femmes de la famille du jeune homme habillent, maquillent et coiffent la future mariée. Quelques discours émouvants sont dits par les aînés de la famille en guise de bénédiction de leur fille qui s’en va, à 18ans seulement.

Un petit cortège se forme dans le village et ça attire évidemment tout le voisinage. Quelques minutes plus tard, voici nos amoureux, prêts à se dire oui devant Mr le Maire…
Alors que la Mairie se trouve dans le village de la jeune femme, l’église est située à côté de celui du jeune homme. Il faudra alors refaire le trajet de 12km dans l’autre sens pour se dire oui devant Dieu. Votre humble serviteuse (j’ai vraiment un problème avec ce mot, mais bon, il paraît que ça se dit) aurait bien voulu assister à la messe, mais faire encore 12km en valsant sur un siège peu confortable puis refaire le trajet pour rentrer…je n’ai pas pu. C’est rare que j’abandonne, mais cette fois, mon courage m’a lâchée 😉

En tout cas, je suis repartie avec des souvenirs pleins la tête. Vivement la prochaine fois!

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7 réflexions sur “Un mariage à la campagne…

  1. 😀 qu’est ce que je ne donnerais pas pour manger ce riz et cette viande :p (bon je mettrais du rougail à côté pour faire semblant de prendre du légume avec ce plat bien graisseux! )

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  2. Bonjour Soahary,
    enchantée de découvrir ton blog et merci pour ce vary be menaka qui me manque tant! Je n’oublierai pas d’apporter du « sakay voatoto » pour alléger le goût du gras! Miam, miam!

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    • Bonjour Hanitra et merci pour ce gentil commentaire. Effectivement le sakay serait super hihi j’y penserai l’hiver prochain où un autre cousin projette de se marier avec autant de vary be menaka 🙂

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  3. Bonsoir Soahary,

    Ce soir, je viens te féliciter pour ton superbe article qui me rappelle une partie de mon mémoire de maîtrise il y a longtemps déjà, devant un jury composé d’enseignants vazaha, tous fascinés par l’Education traditionnelle des jeunes filles malgaches jusqu’à leur mariage!
    Pour moi, tu es une véritable Ethno-sociologue et je ne serai pas étonnée si un jour tu es éditée à Mada ou sous d’autres cieux. Bravo!

    Mais revenons à la fête: j’espère que le gâteau n’a pas trop souffert du voyage!
    Quel retour aux sources en te lisant, mis à part le fait que le village de mon grand-père du côté maternel se situe en surplomb, au bord de la RN7 et je me souviens de ces cortèges de mariage qui passaient à pied devant la maison: direction Sud pour les Protestants et direction Nord pour les Catholiques!!!
    Je me souviens de ces abris faits de branches et de feuilles d’eucalyptus et de ces tables brinquebalantes construites en un temps record! Les familles les plus aisées pouvaient se permettre de louer la salle des fêtes des Religieux.
    Je me souviens de ces invités d’honneur -dont mon grand-père- qui avaient droit à des « hors-d’oeuvre » composés de betteraves-carottes-pommes de terre et mayonnaise! Bof! Mais nous restions sages en attendant la suite, ce vary be menaka que nous raffolions tant!
    Je me souviens qu’il nous arrivait souvent d’assister à des mariages sans grand-père et les parents et… là c’est l’éclatement total car nous festoyons avec les cousins/cousines, mangions dans le même plat et étions toujours partantes pour en reprendre! Miam!

    Merci pour ce doux retour aux sources chère Soahary.
    Hâte de te lire pour le prochain mariage.
    Il est 1 h15 du matin au pays, le marchand de sable est passé depuis déjà déjà longtemps chez vous! Tsara mandry ô!

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    • Oh la la M.E.R.C.I Je vais finir par voir ma tête grossir avec tous ces compliments, mais j’avoue j’aime les lires.

      Je vois que nous venons de mondes similaires 🙂 Ton passage sur le blog est parmi ceux qui m’ont le plus touché. J’espère ne jamais te décevoir dans ce que j’écris. Gros bisous Hanitra (même si nous autres Malgaches ne sommes pas habitués à de telles démonstrations affectives 🙂 )

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