Génération RNM

Énormément de Malgaches de ma génération (la génération de ceux qui ne vieillissent jamais \m/) connaissent la RNM, la plus ancienne station de radio de Madagascar. Elle a d’ailleurs été pendant très longtemps la seule radio qu’on écoutait à longueur de journée, jusque tard dans la nuit. Jusqu’au début des années 90 où les stations FM sont apparues, la RNM ou Radio Nationale Malgache a été notre montre, notre ami, notre concert de grands artistes, notre berceuse.

Toutes les émissions étaient réglées comme une horloge. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai dis que la RNM était notre montre. 06:00 du matin: la station ouvrait par une longue musique stridente. On recherchait la bonne onde manuellement à l’époque. Les Malgaches, partout dans Madagascar, tournaient alors le gros bouton de leur poste radio pour bien capter la RNM et on la reconnaissait par cette longue musique. Et il fallait encore changer d’ondes en fin de journée, donc la même musique revenait vers 18:00. La petite élève que j’étais se levait donc à 6:00 avec cette musique interminable. Elle était tellement spéciale qu’on ne pouvait pas faire autrement que se lever de son lit. Pendant qu’on se préparait pour l’école, les émissions du matin se succédaient. Je me souviens par exemple de Diary (pour parler des anniversaires historiques et des personnes célèbres du jour) J’ai encore la musique du générique de cette émission dans la tête.

Mais c’est surtout au retour de l’école à midi, qu’on écoutait la radio. Il y a avait alors Sary indray mipika à 12:25. C’était une émission humoristique dont l’animateur était Dadavy. 13:15 l’heure du théâtre radiophonique. Il y avait une histoire par semaine et elle était répartie sur plusieurs épisodes de 10 à 15min. Évidemment, on ne connaissait le dénouement qu’au dernier épisode. Du coup, on ne voulait rater aucun épisode et s’il fallait vraiment qu’on fasse autre chose, on s’assurait que quelqu’un de la famille puisse écouter pour nous raconter après. On écoutait les théâtres radiophoniques religieusement. On aimait les acteurs, enfin on aimait leur voix. Vahandanitra, Joëlline, Victor Lala, Nirina, Emma… et puis, il y avait Solofo José. Il avait une belle voix sensuelle. Même à 6ans, j’aimais sa voix. J’imaginais évidemment un visage qui allait avec cette belle voix. Il jouait toujours des rôles de gentils: le policier consciencieux, le papa aimant, le copain adorable, la mari plein d’amour. J’étais déçue quand il jouait un méchant. Et puis, il jouait tellement bien, comme tous les autres d’ailleurs. Le théâtre radiophonique était un grand incontournable, pratiquement tout le monde se donnait rendez-vous à 13:15 pour l’écouter. Je ne sais pas comment vous expliquer, mais en écoutant ces histoires, on avait des images plein la tête. Le bruitage, le texte, tout était bien orchestré pour nous faire imaginer les scènes.

solofo josé
Crédits photo

J’en parle parce que Solofo José est récemment décédé. En fait, j’ai eu le privilège de le connaître autrement qu’à travers le vieux poste radio de mon enfance. C’était mon prof de philo en terminale. C’était bizarre de l’avoir en face de moi, de le voir me désigner sur une question dont j’ignorais la réponse (ce qui arrivait rarement évidemment, souvent j’étais incollable en philo…ou pas) ou me donner des notes qui peinaient à dépasser la moyenne. Il avait toujours cette voix que j’aimais depuis toujours. Mais le visage était moins Clooney que dans mon imagination. De toute façon, sa voix était tellement belle qu’aucun visage n’aurait été assez beau. Quoi qu’il en soit, c’était un prof agréable. Il avait de l’humour et puis c’était en même temps un poète. Il nous berçait littéralement. Mais j’ai eu la moyenne en philo au Bac. C’est que c’était un excellent prof.

Quand tu vois au journal du soir qu’une légende (oui pour moi et pour beaucoup de personnes de ma génération, c’était une légende, c’était notre Clint Eastwood) qui a bercé ton enfance est décédé, tu es triste forcément et tu es nostalgique. Les souvenirs reviennent et ces émissions radio que tu pensais perdues dans le flot de tes préoccupations quotidiennes étaient en fait rattachés à divers évènements importants de ton enfance. C’est nostalgique, mais tellement doux d’y repenser.

Est-ce qu’il y aura une relève? Je ne sais pas. Je n’écoute plus la RNM, je n’écoute même plus la radio. Comme tous les vieux, je suis parfois blasée de voir que les choses ne vont pas en s’améliorant, même à la radio. De toute façon, aucun acteur de théâtre radiophonique ne remplacera Solofo José. Mais laissons leur chance aux nouveaux talents. Je vais peut-être réécouter la RNM, tiens!

The show must go on!

Salut l’artiste…

Publicités

9 réflexions sur “Génération RNM

    • mais je t’en prie. oui une enfance si différente comme tu dis. Le plus bizarre, c’est que ces choses là, je pensais les avoir oublié, mais il a suffit que j’y pense pour me rappeler de toutes ces émissions de la RNM 🙂 nostalgie quand tu nous tiens

      J'aime

  1. Merci pour cet excellent article en mémoire de Solofo José. La RNM a vraisemblablement bercé toute une génération de malgache! A ce jour, j’entends encore le générique de Sari indray mipika, cette mélodie qu’il est difficile de faire sortir de sa tête. tût tût ….. Sary indray mipika miaraka amin’i Dadavy… 🙂

    J'aime

Qu'en dites vous?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s