Du bonheur…par une rude journée d’hiver

Nous nous levons à 3h30 pour pouvoir partir le plus tôt possible. Mais on réveille les enfants vers 4h30 seulement. Les pauvres ont du mal à ouvrir l’œil, c’est normal à leur âge.
5h du matin, nous voici sur la route avec les phares qui transpercent le léger brouillard du matin. Les enfants n’ont pas mis longtemps à se rendormir sous la couverture que nous avons amenée.
Il fait froid.
Il fait sombre.
C’est bel et bien un matin d’hiver.
Mais un matin d’hiver comme je les aime. J’aime les matins d’hiver si c’est pour me lever à une heure qui n’existe sur aucune montre pour aller à la campagne.
Nous avons le temps de discuter de tout et de rien en route, de nos phares qui ont vraiment besoin d’être changés, des phares d’autres voitures dont les propriétaires se sont levés aux aurores comme nous, des gens qui partent en vacances avec leurs porte-bagages bien chargés, mais aussi de sujets bien futiles comme cette portion de route de Talatamaty qui est toujours en mauvais état en été ou en hiver, des nouvelles lois « bizarres » qui viennent d’être votées à l’Assemblée nationale, des gens qui dorment sûrement encore parce qu’il n’y a pas encore de fumée au-dessus du toit de chaume de leur maison etc..
Pour une fois, nous ne ratons pas le soleil qui se réveille même s’il reste timidement derrière d’épais nuages gris. Nous avons quitté la capitale depuis longtemps quand le jour se lève sur quelques maisons bordant la nationale 4.
Et c’est toujours un bonheur indescriptible de regarder ce paysage magnifique que nous avons déjà vu des dizaines et des dizaines de fois, mais qui nous fait toujours tout oublier. L’herbe est sèche et jaunie par le froid et le vent d’hiver. Et toutes ces collines au milieu desquelles se faufile cette route en asphalte que nos ancêtres, alors esclaves des colons Français, ont construit de leur main. Beaucoup d’entre eux y ont laissé leur vie… 
6h30 : nous arrivons à cette bifurcation où une route secondaire en piteux état prend la relève. La belle Route Nationale quant à elle, amènera les vacanciers vers le soleil et les plages de Majunga, à quelques centaines de kilomètres plus loin, tout droit.
On roule moins vite.
On arrive au dernier « grand » village.
On fait quelques emplettes.
La journée commence enfin.
Il ne nous reste que 2km ou même moins, mais il faudra un bon quart d’heure parce que cette dernière portion de route est particulièrement difficile.
On fait attention à bien rouler sur les gros cailloux et à ne surtout pas les « enjamber » On reste silencieux.
On s’attend à ce qu’un gros caillou traître nous explose le carter d’huile ou je ne sais quoi d’autre dont la réparation nous coûterait un bras.
On s’arrête.
On descend.
On dégage deux ou trois pierres.
On se dit qu’un 4×4 serait plus approprié, en fait.
Je sors pour le guider et faire en sorte que les pneus s’alignent bien sur les deux pierres plates qui servent de pont à une sorte de rivière.
On roule sur une dernière portion de route bien cabossée et ce toit apparait enfin, progressivement.
Son toit.
Sa maison.
Son domaine.
Lui qui donne à manger à ses poules et ses coqs.
Les enfants qui s’exclament.
Les bises.
Les sourires.
La joie d’être de nouveau ici.
Il est 7h.
Il fait tellement froid.
Il vente horriblement. Vous savez, de ce vent froid qui vous glace les joues. On rentre.
On fait un feu. On installe chaises et tabourets autour. On discute. On rigole. On gossipe. Les enfants tentent quelques sorties pour apprécier le grand air, mais reviennent rapidement avec les mains et les joues glacées. C’est mieux à l’intérieur. Le feu est plus chaleureux. On écoute Radio Faratsiho sur son petit poste radio équipé d’un fil de fer en guise d’antenne. Des gens appellent avec l’accent de Faratsiho. L’animatrice hurle d’une voix stridente. On fredonne sur les chansons diffusées. On se demande comment s’appelle ce chanteur. On apprécie la vie. On apprécie le bonheur d’être ensemble et on pense aux autres membres de la famille qui ne sont pas là. Le temps s’écoule tellement lentement.
Aucune hâte.
Aucun deadline.
Aucun login.
Aucun mot de passe.
Tout est…parfait !
Le ciel se dégage vers 9h. On met le nez dehors, mais pas trop longtemps. Il fait un peu plus chaud. On fait cuire le riz (oui, celui de midi) On fait réchauffer le laoka. 10h30 on s’apprête à déjeuner. On déjeune tôt pour mieux profiter du reste de la journée. Nous mangeons dans une ambiance simple, conviviale, heureuse.
On a passé la suite de la journée quasiment en extérieur. Les enfants ont pu jouer un peu plus. Il nous raconte les péripéties de la basse-cour avec les poussins gardés en enclos à cause des aigles qui les attrapent au grand air. Comment une poule a couru après l’aigle qui avait son poussin dans ses griffes, bien haut dans le ciel. Le poussin piaillait encore dans les airs. Ce jeune coq qui chantait pour la première fois le matin même.
« Comment tu sais qu’il n’a pas encore chanté avant ? »
« Parce que je connais le son des autres coqs » Ah oui, carrément ? Donc, devenu un « homme » ce jeune coq s’attaque à …une poule ! Et en plus, il s’enfuit au bout de deux coups de bec. C’est très viril, tout ça 😉
Et puis, on est resté là, assis, adossés à un mur, bien emmitouflés dans nos pulls et nos bonnets, nos lunettes de soleil sur le nez. On crie un sympathique bonjour toutes les 10min pour saluer les passants.
C’était bien, très bien même.
De ces journées dont on se souvient longtemps. Où on a évoqué de bons souvenirs. Oui, il est arrivé à un stade de sa vie où les souvenirs d’enfance refont surface. Ce bulletin de note où il a eu une appréciation tellement positive qu’il se souvient des termes exacts. Mais il ne sait plus dans quelle matière était-ce. Sa reconnaissance de pouvoir profiter de tout ça.
Mais 15h00 arrive toujours trop tôt dans des journées comme celle-ci. C’est déjà l’heure de se quitter. Un peu triste de s’en aller déjà, mais heureux d’avoir été ensemble. La route paraît moins longue au retour. On a moins hâte que ce matin, on a moins hâte de retrouver la ville. Mais on rentre quand même avec plaisir pour mieux revenir dès qu’on le pourra.
J’aime la campagne.
Parce que j’en garde de bons souvenirs.
Parce que des gens que j’aime y habitent.
Parce que les arbres en fleur sont beaux.
Ces jolies fleurs roses laisseront place à de délicieux fruits malgré le froid et le vent d’hiver.
Ce sont des signes indéniables d’espoir, de renaissance…de bonheur. rako-pelana ny paiso

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16 réflexions sur “Du bonheur…par une rude journée d’hiver

    • merci de ton joli commentaire. j’ai vraiment voulu vous faire vivre ce que j’ai ressentis même si je ne peux pas résumer une si belle journée en un billet

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  1. Ping: Retour à Mamory [vidéo inside] | Une goutte d'eau dans l'océan

  2. Je relis cet article aujourd’hui et je suis triste. Tu n’es plus là Dada. Je suis heureuse d’avoir vécu tout ça, de m’être levée ce jour-là à 3h30 du matin pour aller te rendre visite. Ta chair est redevenue poussière maintenant, mais ton souvenir est si présent dans chaque recoin de la maison, dans chaque recoin de mon cœur !

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  3. Ndriiii ry Dada. Lasa toy ny fasana ity soratra ity. Tonga eto ato manatitra, tsy fehezam-bonikazo fa ranomaso, rehefa matsiaro an’i Dada. Banga e, banga ny fiainanay nilaozan’i Dada. Tsy ampy ny tsikin’i Dada ny fiainanay.

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