Mon père…

Nous étions assis sur le lit et tu nous apprenais L’eau vive! Évidemment, je viens de chercher sur Google, car à l’époque je n’en connaissais pas le titre. Je ne comprenais même pas les paroles. C’était il y a 25ans. C’était en 1990. Nous avons toutes grandi depuis, nous sommes mariées et mères de famille, mais devant ton corps sans vie, nous sommes redevenues tes petites filles.

Dada…ce regard fixe dans le vide. Ton souffle court. Ta main qui serrait fort la mienne. Je m’en souviendrai toute ma vie. Je m’en souviendrai comme je me souviendrai de cette fois où je pleurai agrippée à ton bras, avançant dans l’allée de l’église vers mon futur mari . Je m’en souviendrai comme je me souviendrai de ton petit air malicieux quand tu nous faisais rire. Je m’en souviendrai comme ta manière de mettre tes mains sous les bras, les épaules rehaussées et la tête inclinée sur le côté pour « parler de l’avenir »

Dada…ilay masiaka be ronono! Sévère oui tu l’étais. Tu nous faisais pleurer quand on était tes élèves. Mais grâce à toi, on écrit très bien les « 5 », on sait que « gens » veut dire « beaucoup de personnes » On sait que pour la table de neuf, il suffit d’inverser les deux chiffres du résultat, de la fin vers le début. Et aujourd’hui, on sait aussi que la vie sans toi va être…bizarre.

Ces derniers temps, tu étais devenu le centre de notre petit monde. On vivait au rythme de ton taux de glycémie et de ton état général. On a réussi à avoir des gestes tendres envers toi alors que longtemps nous refoulions ce genre de démonstration affective. J’ai réussi à te dire que je t’aime. Mais tu es devenu silencieux, toi l’homme joyeux, rieur et bavard.

Ces dernières semaines nous ont appris tellement de choses. On sait que malgré sa grande discrétion, Neny était un pilier indispensable à ta vie et elle continue de l’être à la nôtre, au sens propre comme au figuré. Malgré sa silhouette frêle, tu as pu compter sur elle jusqu’à ton dernier souffle. Maintenant, avec qui va-t-elle discuter au téléphone pendant des heures? Tellement de questions resteront sans réponse, mais l’essentiel est que tu as terminé ton combat. Tu n’es plus malade. Tu ne souffres plus.

Et la vie continue. Elle ne peut pas s’arrêter. Elle ne veut pas s’arrêter, même pas une minute pour qu’on te pleure encore. Oui, on veut encore pleurer. Malgré toutes ces larmes versées, il y en a encore. Il y en a toujours. Et même le jour où les gouttes ne sortiront plus de nos yeux, nos cœurs seront en morceaux et meurtris en repensant à toi, à notre vie avec toi, à tous nos souvenirs.

J’ai réussi à regarder tes photos et les enregistrements vidéo sur lesquels tu figures. J’ai réussi à écouter les chansons qui me font penser à toi. J’ai réussi à écrire ce billet. Tu occupes constamment mon esprit. Un rien me fait penser à toi et je me remets à raconter encore et encore ce qui s’est passé. Je ne veux oublier aucun détail. Je veux constamment parler de toi, me souvenir du moindre détail, comprendre ceci ou cela!

Malgré ta maladie, malgré le fait que je me sois préparée à ton éventuel décès, je n’ai pas pensé que ça allait être ce matin là! Jusqu’au dernier moment, j’étais persuadée que c’était juste une vilaine hypoglycémie et que tu allais rentrer. Peut-être avec des séquelles, mais que tu allais rentrer. Mais ta petite fille se retrouve sans son père!

« Ma petite est comme l’eau
Elle est comme l’eau vive
Elle court comme un ruisseau
Que les enfants poursuivent
Courrez, courrez
Vite si vous le pouvez
Jamais, jamais
Vous ne la rattraperez »

Je me souviens encore de cette chanson. A part toi, je n’ai entendu personne d’autre la chanter. Avec Neny, vous avez fait de nous des jeunes femmes fortes. Alors même sans toi, on avancera. Je sais que tu as été fier de nous. Tu continueras à l’être si d’où tu es tu peux nous voir. On s’occupera bien de Neny, de tes gendres et surtout de tes petits enfants.

Avec le temps, on n’aura plus l’impression que tu tousses dans la pièce à côté. On apprendra à ne pas attendre que tu sois dans la foule quand il y a du monde. On ne cherchera plus après toi au volant de ta voiture. On n’attendra plus tes appels. Mais pour le moment, la vie est amère et les larmes trop abondantes. On soupire trop souvent et on a l’impression de te voir partout.

Un jour, on sera juste heureux de continuer tes projets et d’essayer de réaliser tes rêves.

Dada

23 avril 1953 – 26 février 2015.
Tu peux reposer en paix, Dada.
Sois heureux dans ton paradis!

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9 réflexions sur “Mon père…

  1. Toutes mes condoléances à toi et ta famille. Puisse son départ te rendre encore plus forte dans les choses que tu accompliras ! Il vivra a jamais dans ton Coeur ! Prends soin de toi !

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  2. Article très émouvant, j’en ai la chair de poule! Toutes mes condoléances…Je comprends ce sentiment mitigé qui te secoue: tu es heureuse qu’il ne souffre plus mais tu souffres de son absence…Courage

    Aimé par 1 personne

  3. J’aimerai arrêter de pleurer à chaque fois que je me retrouve toute seule. J’aimerai me faire à l’idée que tu es parti pour toujours. J’aimerai penser à toi sans être triste. Mais pour le moment je n’y arrive pas. Mbola tsy sitrana ny fery

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