Anirotra ou quand un défunt ne peut pas être enterré dans le caveau familial

Bonjour à tous,

Je vous ai déjà parlé du rapport particulier des vivants avec les défunts dans la culture malgache. Nous avons un profond respect pour nos proches décédés et cela se manifeste notamment par le Famadihana, un rituel durant lequel ils sont exhumés et recouverts de nouveaux linceuls. (Tous les Malgaches ne pratiquent pas l’exhumation rituelle pour des questions de religion ou de fady ou tabou)

Nous avons aussi beaucoup de respect pour nos ancêtres. S’ils ont dit ceci ou cela, c’est que c’était vrai et bien souvent les dictons et proverbes qui sont parmi les héritages qu’ils nous ont laissé, sont pleins de sagesse. Nos ancêtres ont par exemple dit « tsy miady amim-paty » c’est-à-dire qu’on ne se querelle pas avec les morts, que le décès marque la fin de toute mésentente. Même si de son vivant, on était en froid avec quelqu’un par exemple, on doit mettre orgueil et égo de côté quand il meurt, par respect.

Mais je m’égare ! Je voulais vous parler aujourd’hui du caveau familial ou fasan-drazana. Beaucoup de rituels entourent l’enterrement et le fait de ne pas ouvrir le caveau familial deux fois de suite dans un petit laps de temps en fait partie. Sur les hauts-plateaux du centre de l’île, du moins dans ma région d’origine (en sachant que les coutumes changent d’une région à l’autre et d’une ethnie à l’autre), le caveau doit rester fermé un certain temps après un enterrement parce que son ouverture porterait malheur et les décès s’enchaîneraient alors dans la famille.

Du coup, si quelqu’un meurt pendant ce délai, il sera enterré en anirotra c’est-à-dire qu’une tombe personnelle temporaire sera creusée à côté du caveau familial. Et le corps sera « rapatrié » quand le caveau rouvrira au décès d’une autre personne qui mourra donc au-delà du délai interdit. Les enfants mort-nés et les enfants décédés en bas âges sont également enterrés en anirotra, puis rapatriés au décès d’une personne plus âgée ou à la prochaine exhumation rituelle.

Je vous en parle aujourd’hui parce que Noro (lire Nour), une cousine de mon père, vient de décéder. Mon père ayant été enterré fin février, Noro sera enterrée en anirotra parce que c’est encore récent. Ça m’a fait penser à cette tradition et puis je voulais parler d’elle, de cette petite dame aux cheveux ultrafins. Je savais juste qu’elle s’appelait Noro. Je la voyais aux réunions de famille et je savais qu’elle était fonctionnaire. Elle avait les yeux souriants. J’ai déjà entendu parler de leur relation timide forcément (parce que beaucoup de Malgaches ne sont pas spécialement démonstratifs en termes de sentiments) mais adorable. Noro était plus âgée que mon père et celui-ci l’a accompagnée à son premier lieu d’affectation, à Ilaka (dans la partie sud-est de Madagascar si je ne dis pas de bêtise) Comme elle n’était pas mariée, mon père l’y a accompagnée pour qu’elle soit bien installée et elle lui a dit « Je veux que tu reviennes me chercher si jamais je meurs ici. » Mais mon père étant décédé avant elle, cette fois c’est elle qui est partie le rejoindre au paradis…

À la mémoire de Noro
Mandria am-piadanana ianareo mianadahy

Voninkazo adaladala

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