Une semaine à la campagne: la messe

Bonjour à tous,

Une messe à la campagne…J’y ai pensé durant des jours et je voulais vraiment revivre cette expérience. Parce que oui, c’est toute une expérience et ça commence par le chemin qui mène à l’église.

Il faut savoir que dans cette zone là, un petit coin reculé du district d’Ankazobe, un pasteur peut être responsable de plusieurs églises et assure uniquement les premières messes du mois. Et ces premières messes où le pasteur est présent ont lieu dans une église différente à chaque fois, en respectant un ordre précis. Donc à la fin d’un « tour », il revient à la première et ainsi de suite. En général,les fidèles se rendent en masse à celle du « premier dimanche », mais sont moins nombreux durant les autres dimanches où toutes les églises sont ouvertes, mais la messe est assurée par un assistant du Pasteur.

Donc, dimanche matin, je me prépare en me couvrant bien parce qu’il fait un froid de canard. Les bottes à fourrure sont de sortie et plusieurs couches de vêtements sont subtilement dissimulées sous ma robe blanche avec des détails dorés. J’ai mis un petit pull noir par dessus et une écharpe en laine pour me couvrir le cou.

8h30, nous sommes en route vers l’église la plus proche. Nous empruntons le même petit chemin que j’ai dû emprunter des dizaines de fois dans mon enfance. Rien n’a changé, l’herbe est toujours aussi haute et le vent d’hiver est toujours aussi glacial dans le coin. Par contre, c’est largement moins loin que dans mes souvenirs. Il faut toujours passer par des vallées et des rizières, mais bizarrement, j’y arrive sans aucun problème alors que je me suis préparée à marcher durant des heures et à être essoufflée et en sueur. Tant mieux!

En route, bizarrement il n’y a que nous (nous étions deux) Et de loin, on voit que les portes de l’église sont encore closes. On demande aux deux seules personnes que nous croisons s’il y a du mouvement à l’église. Elles disent non alors qu’il est bientôt 9h, heure officielle où la messe commence. Et sans surprise, quand nous arrivons, portes et fenêtres sont bien fermées et il n’y a personne!

Mais bon, nous en profitons pour nous reposer de cette petite marche de 20min. Nous prenons quelques photos, nous papotons, nous nous demandons comment faire pour les toilettes qui n’ont pas de porte alors qu’on voudrait bien y aller, nous faisons le tour de l’église (chose que je ne penserai jamais faire en ville) et puis, vers 09h30, des gens commencent à arriver. Enfin, trois personnes plus précisément, mais au moins, nous ne sommes plus seuls. Au moins, nous ne sommes pas les seules personnes du coin à avoir fait le déplacement. Parce qu’à un moment, je me demandais ce qui n’allait pas bien chez nous à sortir par ce froid alors que tous les êtres humains des 50km à la ronde sont restés au lit! Bref, quelques personnes sont maintenant dans la cour de l’église et quelqu’un a hurlé à quelqu’un d’autre d’aller chercher la clé au village pour qu’on entre.

9h45, nous sommes enfin à l’intérieur de cette petite église. Elle est simple. Loin du luxe de nos églises citadines où le parking est toujours bondé et où les chaussures à talons vont et viennent bruyamment. L’autel est simple et joliment décoré. Les bancs effilent les collants, contrairement aux habituels jolis bancs en bois précieux et vernis à la perfection. D’ailleurs, les bancs ne sont pas tous de la même hauteur ni de la même largeur. Chaque fidèle peut en offrir en fait et évidemment, il n’y a pas de norme à respecter. Tant qu’on peut s’asseoir dessus, c’est parfait!

10h10, une responsable nous informe que l’assistant du pasteur ne viendra pas parce qu’il a dû se rendre à un décès, survenu dans un village situé plus loin. On demande alors s’il faut rentrer et elle nous assure qu’il y aura une messe. Mais en attendant, elle rentre chez elle pour se préparer. Et là, j’ai arrêté de regarder la montre parce que ça ne servait à rien. Ici, l’heure n’a aucune importance. Et alors que je stresse facilement pour les retards et les deadlines non respectés, j’étais là, sereine! J’aimais même être là, assise sur ce banc, à regarder les enfants qui s’amusent et courent dans l’église, une maman venue avec son petit enfant. Elle était propre et bien habillée, avec un sac à main et tout, mais les pieds nus. Ces pieds avec de grosses fissures aux talons. Vous savez, de ces fissures qui racontent une histoire sur tous les chemins que cette dame a dû parcourir. Je parle des chemins de terre rouge, tellement secs et nus à cause du vent d’hiver qui a balayé toute la poussière. Ces chemins typiques d’ici. Mais je parle aussi de tous ces chemins de la vie. Une vie dure et sans pitié, surtout dans une campagne de Madagascar, berceau même de cette grande pauvreté devenue notre identité aux yeux du monde.

Un quart d’heure plus tard, quelques personnes se concertent sur le déroulement de la messe. Elles préparent le sermon, les chants, etc. Et puis, à un moment, les enfants ont arrêté de courir partout, je suis sortie de mes songes, une personne s’est tenue debout à la place du Pasteur, tout est devenu solennel et la messe a commencé. Nous étions si peu nombreux, avec une large majorité d’enfants. Nous chantions sans musique. Nous écoutions le sermon avec attention. Nous donnions la quête avec joie, surtout celle du remerciement! Oui, il y a une quête de remerciement pour les bénédictions reçues. J’ai donné en remerciement de la chance d’être là et d’avoir fait partie des personnes venues ce dimanche là. La personne qui a dirigé la messe a dit, « nous sommes 37, c’est  déjà beaucoup, c’est mieux que 2, gloire au Seigneur » Oui, gloire au Seigneur.

Mitsangana, mihazavà

Nous étions à l’église FJKM de Tsaroana, érigée en 1869 et ayant célébré ses 145 ans en 2014. Sa devise est « Mitsangàna, mihazavà, fa tonga ny fahazavanao »

« Lève-toi,sois éclairée, car ta lumière arrive » Isaïe 60:1 

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4 réflexions sur “Une semaine à la campagne: la messe

  1. Tu as bien raison Soahary, la vie n’est vraiment pas facile ici et surtout à la campagne.
    J’ai bien apprécié cet article car en te lisant, j’avais une impression de déjà vu… Et oui, cela arrive parfois lorsqu’on souhaite assister à une messe à la campagne. Il faut s’armer de beaucoup de patience ! 🙂

    Aimé par 1 personne

    • un ami m’a dit exactement la même chose que toi, qu’il avait l’impression d’être dans la petite église de la campagne de son père. en fait, j’avais même pas besoin d’être patiente, j’aimais être là alors que normalement je suis la première à râler dès qu’il y a un peu de retard dans les plannings 😀 En tout cas, merci d’être aussi assidu sur ce blog. Bonne journée Zaka

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