Une semaine à la campagne: les voan-dalana

Bonjour à tous,

Non, je n’oublie pas le blog. Je suis un peu prise par la vie de tous les jours et parfois par FrancoVEDA, mais non je n’oublie pas le blog. J’espère donc que vous allez tous bien. Je reviens aujourd’hui pour continuer la série Une semaine à la campagne.

Parlons aujourd’hui des voan-dalana. Il est d’usage chez les Malgaches de ramener des voan-dalana (littéralement les fruits de la route) quand on revient de quelque part. Récemment, par exemple, j’ai eu de la famille qui a passé quelques jours de vacances à Majunga. Ils nous ont ramené en guise de voan-dalana quelques produits typiques de là-bas : de la coco, du fintsa (bananes séchées) et du tsikiry (une sorte d’achards à base de citron, de piment et de mangue) Les voan-dalana sont en général des produits comestibles, mais on ramène aussi des souvenirs. En règle générale, on achète les voan-dalana.

Mais pas dans ma campagne. Dans ma campagne, les gens du village nous donnent des choses à ramener chez nous. Cet usage se fait de moins en moins parce qu’ils n’ont pas eux-mêmes beaucoup de choses à donner, mais ça se fait toujours. C’est d’ailleurs très gênant d’accepter quelque chose quand on sait que la personne qui nous l’offre n’a déjà pas grand chose. Mais refuser leur cadeau les attristerait énormément. On est donc très gêné de les voir se réveiller tôt le matin pour ne pas rater notre départ et courir pour nous donner du laoka (quelque chose pour accompagner le riz) C’est encore plus gênant de savoir que la personne nous a offert une poule alors que quelques jours auparavant, elle a préparé  pour sa famille un laoka à base de feuilles dont tu doutes de la comestibilité. On n’avait qu’une envie, lui dire de garder la poule pour leur repas du midi, mais elle l’aurait très mal pris, elle en aurait été offensée. Donc on accepte avec un immense plaisir. Le sourire était gêné et les mots maladroits, mais son geste nous a vraiment touché. En plus, elle s’excuse de ne la donner que le matin de notre départ. Elle s’excuse que la poule soit un peu moche, qu’elle boite et ne voie pas bien. Elle nous donne aussi du taro et s’excuse qu’il soit un peu terreux. Bref…on était super gêné et super ému de cette attention.

Ma campagne change. Elle n’est plus ce qu’elle était, comparé à il y a 25 ans. Les gens ne sont plus aussi solidaires que dans mes souvenirs. Beaucoup de choses sont monnayées parce que les gens ont besoin d’argent. Des fois, j’ai mal au cœur de constater ce qu’est devenu ce village. Mais cette dame, qui s’est levé de son lit en se précipitant pour nous donner quelque chose à ramener chez nous m’a mis du baume au cœur et c’est ce que j’ai choisi de retenir. Et ce n’est pas pour la valeur pécuniaire de ce qu’elle a donné, mais pour son geste qui nous a beaucoup touché. D’ailleurs, on n’a pas eu le cœur à manger sa poule. Elle nous a bien dit de la tuer le soir même parce que la poule boîte et ne voit pas bien. Mais elle est toujours là. Les enfants lui ont même trouvé un nom.

 

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2 réflexions sur “Une semaine à la campagne: les voan-dalana

    • oui, ça touche énormément de voir des gens qui n’ont pas grand chose, donner encore. Et la seule récompense qu’ils espèrent, c’est qu’on accepte leur cadeau et que ça nous fasse plaisir. Voilà pourquoi il ne faut pas penser à leur « pauvreté », mais seulement au geste.

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