Le délestage…notre pain quotidien!

Une heure et quelques minutes du matin, j’ouvre la fenêtre à côté de mon bureau pour rafraichir un peu l’air.

delestage

J’allume un encens anti-moustique parce qu’ils sont particulièrement féroces en ce moment. J’allume mon ordinateur et me voici en train de commencer ma journée de travail. Je suis reconnaissante. Non pas d’être obligée de me lever à 1h du matin, mais d’avoir un travail. Avoir du travail est un privilège immense. Qu’importe s’il faut se lever à 1h du matin pour le garder, tant qu’on en a un, on doit lever les yeux au ciel et remercier le Seigneur.

Lever les yeux au ciel. Seigneur, où es-tu ? Pourquoi ce ciel dans lequel tu habites est si sec ? Pourquoi ne fais-tu pas tomber plus de pluie ? Hier encore, le début de soirée était sombre, avec un ciel orageux et des éclairs qui le fendillaient ça et là. Nous nous précipitions pour rentrer ce linge qui sentait bon le soleil, ce soleil qui tape si fort, qui sèche le linge en quelques heures et qui assèche la terre de nos ancêtres. Nous étions certains qu’il allait tomber une bonne pluie qui remplira un peu nos fleuves et nos rivières, qui nettoiera notre terre de toute sa crasse …mais rien ! Toutes les conditions étaient réunies pour une bonne pluie, mais un coup de vent et…plus rien.

Je commence ma journée de travail à 1h du matin parce que l’électricité est là, la connexion internet est là. Me lever si tôt est la moindre des choses si j’ai le privilège d’avoir les deux au même moment étant donné que la connexion a décidé de nous faire des siennes aussi depuis quelques jours. De toute façon hier, il a fallu se coucher tôt, dans une nuit noire, dans la pénombre d’une bougie. Parce qu’il ne pleut pas assez, nos fleuves sont à sec, donc les machines ne peuvent pas produire assez d’électricité. Enfin, c’est le discours du moment. Quand il pleut beaucoup, ils sortent le discours contraire « Il pleut trop. Nos fleuves et réserves d’eau débordent » Qu’importe, le discours qui change est juste comme un vieux disque qu’on n’écoute pas, mais qu’on entend machinalement, dans le brouhaha de choses plus importantes. Le délestage est permanent !

Ah, ce mot : délestage ! Avez-vous la chance de ne pas le connaître ? Si oui, dites merci à votre Dieu et dormez bien. Ne vous levez pas à 1h du matin pour travailler. Le délestage… il paraît que de nombreux pays d’Afrique y ont droit. Mais bizarrement, de savoir qu’on n’est pas les seuls à le subir ne rend pas la chose plus agréable. On a beau y avoir droit plusieurs fois par jour, avec plusieurs heures de coupure à chaque fois, on a beau y avoir droit matin, midi ou soir ou matin, midi et soir, mais quand ça coupe, c’est toujours comme une masse qui te tombe sur le sommet du crâne. Les gros mots nous échappent toujours et ce n’est jamais le bon moment.

Mais le délestage a le pouvoir de nous tenir en haleine, tout le temps. Aux premiers jours, on est persuadé que c’est juste pour quelques jours parce qu’ils ne peuvent quand même pas imposer jusqu’à 8h de coupure de courant sur une longue durée. Et puis, avec le temps, on oublie qu’on a espéré que cela ne dure que quelques jours. Le délestage entraîne aussi notre cerveau chaque jour à comprendre le fonctionnement des coupures et surtout à voir et à interpréter les signes. Si le quartier d’en face est noir avec nous, c’est mauvais signe. S’il est allumé, c’est que notre délestage ne va pas durer plus d’une heure, alors on se réjouit ! Oui, on en a arrive à se réjouir pendant un délestage. Je vous le dis, il n’y a pas que du mauvais dans cette grosse arnaque. Même les plus jeunes savent dans quelle direction regarder dès que la lumière s’en va en début de soirée. Si c’est allumé dans le quartier d’en face, c’est qu’on n’est dans la merde que jusqu’au cou. Si c’est noir aussi, c’est qu’on est y bien enfoncé. Et puis, que serait un pays à délestage sans ces beaux jours où on se réveille le matin non pas avec le chant du coq, mais avec la complainte des onduleurs ? Une aventure tous les jours, je vous dis.

Mais attention, rien n’est jamais acquis. Ah non, alors ! Ça serait trop facile d’avoir un horaire précis pour que tu puisses t’y préparer et organiser tes journées. Ah, non ! C’est à des heures complètement aléatoires pour une durée toute aussi aléatoire. Et si t’es pas content…ben écoute…tant pis pour toi. Pourquoi se plaindre encore ? Il suffit de s’adapter.

Une heure et quelques minutes du matin, j’ouvre la fenêtre à côté de mon bureau pour rafraichir un peu l’air. Bienvenue à Madagascar !

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2 réflexions sur “Le délestage…notre pain quotidien!

  1. Tristesse! ton post est très touchant et si bien écrit sur une réalité affligeante! Délestage et sécheresse plombent un peu plus chaque jour ce pays que j’aime tant!

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    • pour la sécheresse, il repleut un peu plus régulièrement, mais ça reste trop faible pour la saison. malheureusement, je pense qu’il n’y aura pas assez de pluie pour rattraper la sécheresse de fin 2016-début 2017. le prix du riz bat déjà des records, donc je ne sais pas ce que ce sera quand il n’y en aura vraiment plus sur le marché.

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