Une fête…sans toi

C’était un vary be menaka en bonne et due forme, avec les morceaux de viande qui baignaient bien dans l’huile. Il faisait bien froid, comme durant ces hivers de mes souvenirs d’enfance. Les gens des villages alentours étaient venus en masse.

Comme vary be menaka est habituellement synonyme de fête, celui-ci avait le même air que toutes les fêtes hivernales de cette campagne. Tous les hivers, période de moisson, beaucoup de villages organisent des fêtes, des cérémonies ancestrales et d’autres événements de ce genre. Mais cette fois, pas de musique stridente comme lors des exhumations rituelles et autres cérémonies qui ont lieu en cette période de l’année. Cette fois, c’était une « fête » calme et presque silencieuse. C’était une « fête »…sans toi.

Sans toi Dadabe. Enfin, si, tu étais là. Ton corps était là. Ton esprit aussi certainement. Mais cet attroupement de gens. Ce vary be menaka. Ces jeunes gens venus veiller toute la nuit avec des chants et des incantations. C’était pour toi. Pour ton départ. Le fameux départ de ceux qui ne reviennent pas.

Donc, toi aussi tu t’en es allé. Ça me fait bizarre encore aujourd’hui de l’écrire. J’ai retrouvé l’expression de ton visage, mais je t’ai rarement vu aussi paisible. Donc, même si tu as fermé tes yeux à jamais, je suis certaine que tu es mieux là-bas. Tu as terminé ton combat. Tu es parti à 84ans, un âge que je t’ai demandé encore début juin. Tu as dis qu’il était temps que tu partes et je t’ai dis de vivre encore longtemps, parce que ça me ferait bizarre d’aller là-bas, sans te voir.

Mais nous ne décidons pas de tout ça. Je t’ai donné rendez-vous en juillet et c’était  un grand rendez-vous, mais nous ne décidons pas de tout ça. Que dire? Pas grand chose. Si ce n’est une promesse, ma promesse d’écrire ton histoire, Dadabe. Je le ferai, comme convenu. Tu ne seras plus là pour tout raconter dans les détails, mais je le ferai.

Repose en paix Dadabe. La vie est déjà bizarre sans toi. Certes, on ne se voyait que quelques fois par an, mais tu étais le seul Dadabe que je n’ai jamais connu. Le patriarche qui tenait notre village d’une main de fer. Le patriarche sévère qui était pourtant si sensible. Tu pleurais toujours aux réunions de famille. Oui, tu étais âgé. Oui, tu es certainement mieux là-bas. Mais il va désormais falloir s’habituer à ton absence.

Mandria am-piadanana, Dadabe.  

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