Le journal d’un enterrement à la campagne [part 1]

22 juin 2017
04:30
Je me réveille difficilement pour terminer un travail que je traîne péniblement depuis plusieurs jours. En éteignant le réveil, je remarque un sms de ma mère. Le message a été reçu dans la nuit. Mon grand-père est décédé. Je me lève avec un sentiment bizarre et finis de me réveiller en me passant de l’eau froide sur le visage. J’appelle ma mère. On discute quelques minutes. Dadabe est donc parti pour un monde meilleur. Evidemment, on ira la rejoindre, là-bas. C’est loin, la route est difficile, il n’y a pas de taxi-brousse sur la dernière partie. Et on est à l’approche de la fête nationale donc les taxis brousse qui travaillent seront pris d’assaut…mais on ira la rejoindre. Cette journée passe bizarrement. Je me force à terminer le travail en question et à boucler quelques livraisons. J’appelle mes sœurs et mes cousines. On fixe un rendez-vous pour partir ensemble.

23 juin 2017
04:30
Je me réveille difficilement pour terminer de préparer mon sac à dos. J’ai déjà posé quelques vêtements sur le lit avec la certitude que j’oublierai quelque chose. Pas eu le temps de faire une liste comme quand je pars habituellement. J’essaye juste de me souvenir de ce qu’il faut amener. Le minimum évidemment…pour tenir dans le sac à dos et parce qu’on n’a pas besoin de grand chose à la campagne.
05:30
Il fait encore nuit noire. Je quitte la maison avec une certaine appréhension. J’appelle mes sœurs pour être certaine que je ne serai pas seule à la station de taxi-brousse. Par cette nuit noire, je serai une cible parfaite pour les pickpockets. Et l’idée m’obsède. Je suis persuadée de me faire arraché le sac à dos à la sortie du portail. Je range alors mon argent à deux endroits différents: dans une poche et dans le sac. Bref…parano!
06:00
J’arrive à la station du taxi-brousse, quelques minutes après ma petite sœur qui a été plus ponctuelle que moi. Elle a la couronne mortuaire commandée par ma mère et récupérée la veille au soir par mon beau-frère chez les fleuristes d’Anosy. Elle est jolie, avec une jolie inscription, mais elle est surtout imposante. Il faudra payer une place parce qu’on ne pourrait pas la garder sur les genoux. Nous sommes les premières à entrer dans le taxi-brousse. Nous choisissons trois places confortables derrière le conducteur. Le taxi-brousse met un peu de temps à se remplir.
06:21
Nous partons enfin. Nous attendrons notre cousine à Mahitsy, la prochaine étape du périple.
06:25
Le taxi-brousse s’arrête à la première station d’essence. Nous pensons que c’est pour faire le plein de carburant. Le conducteur et son assistant ouvrent le capot. Il faut qu’on aille dans un autre véhicule parce qu’il y a un souci. Je suis désespérée. Etant à la première rangée de sièges, nous sommes les dernières à pouvoir sortir. Les gens se ruent vers l’autre véhicule. On a perdu nos places confortables. Nous voilà, moi, ma sœur et notre amie la couronne sur les strapontins du milieu. Petits et inconfortables, ces maudits petits sièges nous promettent un voyage bien pénible. Et ma rangée est occupée par plusieurs personnes de fortes corpulences. C’était bien la peine de se lever à 04:30 du matin, tiens.
07:30
Nous arrivons à Mahitsy, saines et sauves. On part immédiatement à la recherche du taxi-brousse pour Fihaonana, la prochaine étape du périple. On le trouve facilement. Il est vide. Le responsable note nos prénoms, le nombre de sièges que nous voulons payer (deux pour le coup parce qu’il y avait plus de place que dans le précédent taxi-brousse. on pourra garder la couronne sur les genoux et laisser nos sacs par terre) On paye et on reprend notre souffle en attendant que le véhicule se remplisse. Des vendeurs de gâteaux, de caca pigeon et d’autres choses nous demandent si on en veut. On dit non presque machinalement. J’appelle notre cousine pour voir si elle pourra attraper ce taxi-brousse ci ou s’il faudra l’attendre à Fihaonana. Elle me dit que son père (avec un véhicule) viendra nous chercher à Mahitsy pour aller directement à Tsarasaotra, lieu où notre grand-père nous attend. On décide de descendre du taxi-brousse. Le responsable se fâche et marmonne que ça ne se fait pas, que quand on a payé, c’est fini. Mais il accepte de nous rembourser. On décide d’aller attendre notre cousine au bord de la route. Ma sœur commence à en avoir assez de trimbaler cette couronne que tout le monde, absolument tout le monde, regarde avec insistance en lisant le message écrit dessus. On trouve une petite épicerie pour acheter des mouchoirs et du crédit téléphonique. On demande au Monsieur si on peut attendre là. Il veut bien, donc on prend place. La journée s’annonce longue.
08:00
Notre cousine arrive et nous appelle. On se cherche un moment (ma sœur toujours avec la couronne) Notre cousine est venue avec son beau-frère et son neveu. On décide d’aller attendre le véhicule sensé venir nous chercher à l’Hôtel de ville de Mahitsy. Des gens attendent là des taxi-brousses, des bureaux qui s’ouvrent à 08h et d’autres choses. Nous prenons place sur le parvis parce que la journée s’annonce longue. Nous achetons des nems qui ne coûtent rien du tout et qui sont tellement bons. Ils sont encore chauds. On discute pour faire passer le temps. On rigole. On se donne des nouvelles parce qu’on n’a pas discuté depuis un moment. Et les minutes passent…toujours pas d’oncle qui vient nous chercher.
09:30
Notre cousine appelle son père. Il dit qu’il sont à Anjomoka (pas loin de Mahitsy)
10:00
Toujours pas d’oncle. Inquiète, notre cousine le rappelle. Il est déjà sur Mahitsy, mais il a heurté un autre véhicule donc ils font le constat, etc. Ils sont plus bas. Nous décidons de marcher pour les rejoindre. Mahitsy n’est pas bien grand et comme ce sera une descente, tout le monde est partant. Au bout d’un moment, comme on ne les a pas croisé, notre cousine rappelle son père et il répond qu’il est…à l’Hôtel de ville. On décide de rester là où on est (d’autant qu’il y avait un coin pour poser la couronne) et on la laisse aller rejoindre son père.
10:15
Pas de nouvelles. On l’appelle. Elle nous dit que la voiture se trouve plus bas encore et notre cousin y est. On décide d’y aller. On mange du composé, du mofo sakay croustillant et d’autres cochonneries en chemin parce que tout ça nous a donné faim.
10:30
Nous voici devant le véhicule sensé nous ramener à Tsarasaotra. Tout l’avant a été démonté pour réparation à cause de l’accident. Les garagistes tapent sur du tôle, un peu partout. Le radiateur fuit. La pare-brise est fissurée. On se demande si ce véhicule pourra reprendre la route. On se débarrasse en tout cas de nos sacs à dos. On reprend nos esprits. On appelle les uns et les autres qui nous attendent à Tsarasaotra ou qui attendent de nos nouvelles parce qu’on les a quitté très tôt ce matin. La batterie de mon téléphone se décharge à une vitesse folle. Je dois l’éteindre si je veux pouvoir donner de mes nouvelles régulièrement. Je le rallume à chaque petit changement et à chaque petit espoir de repartir.
11:30
12:30
13:30
14:30

Le temps passe et nous sommes toujours sur Mahitsy. Il fait un temps typiquement hivernal. Pas assez froid pour mettre un pull, mais pas assez chaud pour enlever le pull. Nous trouvons une gargote pour se mettre quelque chose sous la dent et nous patientons. J’ai eu le temps de me rendre compte que j’ai oublié la brosse à dent et quelques autres indispensables d’hygiène et de bien-être. Heureusement que j’ai pu faire quelques emplettes sur Mahitsy. En tout cas, tout espoir d’arriver de jour à Tsarasaotra est désormais évanoui. Donc, on attend. On discute de tout et de rien. Tantôt nous prenons place dans la voiture, tantôt on se met dehors pour parler. C’est long!
15:30
Notre véhicule démarre enfin. Nous voilà en direction de Fihaonana. Notre oncle roule à toute vitesse. Il ne parle pas beaucoup. Il va devoir payer le prix fort pour la réparation du véhicule qu’il a heurté. Celui-ci est encore parti livré des fruits sur Tananarive, mais il reviendra plus tard. Notre oncle a laissé une partie de l’argent chez le garagiste et reviendra payer le reste. En tout cas, la route entre Mahitsy et Fihaonana est en parfait état sur la plus grande partie. On est donc relativement serein même si par moment, la voiture fait des bruits bizarres. Notre oncle demande à notre cousin s’il a bien serré un truc, il dit que non, mais on continue de rouler. Serrez donc ce truc, pardi!
16:30
Nous sommes à Fihaonana. Normalement, nous nous arrêtons toujours ici pour saluer nos grand-parents. Mais leur maison est close. Notre grand-père étant décédé, ils sont à Tsarasaotra où il sera enterré. Nous ne nous arrêtons donc pas devant chez eux, mais plus loin pour récupérer des gros sacs appartenant à notre oncle et qui seront attachés sur le toit de la voiture. Et maintenant, direction Tsarasaotra. C’est l’étape la plus difficile parce que la route est dans un état indescriptible. Heureusement que c’est l’hiver parce que ça aurait relevé du parcours du combattant si c’était la saison des pluies. Il ne reste plus qu’une quinzaine de kilomètres, mais avec l’état des routes, ça va être long et inquiétant.

A suivre…

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