Mon mehndi raconte une histoire …

Bonjour à tous

J’ai passé quelques jours à Majunga. Comme à chaque séjour dans une ville côtière, on ne peut s’empêcher de jouer aux touristes en se laissant séduire par diverses choses qu’on ne trouve pas à Tananarive, notre ville. C’était donc avec une immense joie qu’on découvre Majunga et ses atouts, comme l’immense baobab, le bord de la mer, ce beau soleil, la douceur de la brise qui rafraîchit la chambre quand on laisse les fenêtres ouvertes la nuit, etc.

Mais en plus des attraits à voir de nous-même, il y en a qui viennent à nous. C’était le cas des vendeurs qui venaient demander à la maison si nous ne voulions pas du poisson, des crevettes, des palourdes fraîches à déguster crues, des pastèques, etc. Une dame était venue un matin, accompagnée d’un jeune garçon. Elle nous proposait des citrons et le jeune garçon avait une pastèque et quelques courgettes. Mais en plus des produits alimentaires, la dame nous présentait plusieurs papiers cartonnés et plastifiés sur lesquels étaient imprimés divers modèles de dessins au henné.

Je me suis laissée séduire. J’ai toujours trouvé le mehndi joli sur les femmes Indiennes et Indo-pakistanaises qu’on peut croiser à Tananarive. Pour l’équivalent d’un peu moins de 1€, la dame voulait bien me faire un beau dessin sur la face interne de l’avant-bras, selon un modèle choisi parmi ceux présentés sur les papiers.

Je prends place, elle étale un bout de tissu directement sur le sable  pour s’y asseoir et elle sort son petit tube de pâte de henné. Elle tremblait beaucoup. Au départ, je pensais que c’était parce qu’elle était fatiguée ou qu’elle avait la tremblote à cause d’une maladie. Elle tremblait en fait parce qu’elle ne savait pas du tout dessiner. Je l’ai compris en voyant ce qui se traçait sur ma peau. Je lui ai demandé à plusieurs reprises si c’est bien le dessin que j’ai choisi. Elle répondait timidement oui. Mais cette dame ne savait tout simplement pas dessiner. Elle n’était même pas capable d’imiter ce qui ressemblait vaguement au dessin en question.

Au cours de cette séance de henné, ma mère qui a vécu un petit temps dans le sud de Madagascar a décelé dans la voix de la dame, le dialecte Antandroy, l’ethnie de l’extrême sud de Madagascar. Ma mère a donc demandé si elle était implantée pour de bon à Majunga. Elle a répondu que non, qu’elle est là juste pour trouver de l’argent.

Elle vit dans cette ville loin des siens, pour trouver de l’argent. J’imagine que le jeune garçon qui l’accompagnait était son fils ou un neveu. Elle devait se dire que comme les « touristes » aiment bien le mehndi, c’est une source de revenu supplémentaire à exploiter quitte à faire croire qu’elle sait dessiner. J’espère que je me trompe, mais j’avais en plus l’impression qu’elle travaillait pour quelqu’un. Parce que j’ai vu les mêmes modèles de mehndi sur d’autres papiers cartonnés et plastifiés proposés par d’autres femmes à la plage. J’espère qu’elles ne doivent pas reverser quoi que ce soit à une sorte d’employeur en fin de journée. Je ne sais pas en fait.

Et c’est donc comme ça que je me suis retrouvée avec ce que je qualifierai de dessin enfantin sur mon avant-bras. Je n’étais pas du tout fâchée. Je me sentais…bizarre! Il y a des rencontres comme ça qui laissent quelques empreintes indélébiles, quelque part dans le cœur. J’ai aimé son dessin et je regrette qu’il soit déjà complètement effacé à l’heure où j’écris ce billet. Je me suis empressée de le prendre en photo pour l’immortaliser. Le tout premier mehndi que je me suis faite faire aura au moins eu un sens, celui de me dire que malgré tout, j’ai de la chance de ne pas devoir laisser familles et amis au loin, pour trouver un peu d’argent…ailleurs.

Je n’ai pas à avoir pitié ou à être triste. Je n’ai pas à défendre sa cause car elle se débrouille très bien dans la vie. Je ne pense pas qu’elle ait besoin de moi pour quoi que ce soit. Juste que je me souviendrai longtemps de cette femme au teint très propre, avec son petit piercing au nez. Je me souviendrai longtemps de ce dessin maladroit, de ses mains qui tremblaient et de ma gorge serrée en la voyant assise sur son lambahoany, à même le sol.

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